Alors que je participais à un dîner fort ennuyeux au cours duquel la conversation avait roulé platement sur les sujets les plus convenus, quelqu'un s'est exclamé à la cantonade: "de toute façon, c'est quoi, un écrivain? Un personnage qui écrit. Un pipole avec un stylo, quoi". La dimension sociale a donné une claque terrible à la dimension littéraire. Et encore, sociale... disons médiatique. L'écriture s'est vue subitement réduite à une peau de chagrin, et, chagrinée, j'ai avalé une gorgée de vin (un excellent Haut Médoc) et gardé un silence mou. Peu m'importait les divagations de ce dîneur bourrelé de platitudes, mais il n'empêche qu'il avait posé - va savoir pourquoi, l'excès d'alcool de poire? - la seule question intéressante de la soirée: qu'est-ce qu'un écrivain?
Si vous demandez autour de vous, on vous dira sans doute que c'est quelqu'un qui écrit (ouf) et dont les livres rencontrent un certain succès.
Je dirai, avec un peu plus d'exigence, que c'est un auteur qui a un style (la fameuse "voix"). L'écrivain est connu, également (un "écrivain inconnu", bizarrement, cela ne fonctionne pas), même si c'est post mortem, surtout s'il a vécu dans une très grande misère mais n'a jamais cessé d'user ses yeux pour son art: on l'en admire d'autant plus. L'écrivain est une sorte de fou qui ne peut pas s'empêcher d'écrire, dût-il en mourir d'épuisement. S'il est connu de son vivant, et qu'il commet quelques frasques, on les lui pardonnera. Elles permettront d'entretenir son image, elles ne la terniront pas.
J'ai ouvert un dictionnaire en rentrant, et j'ai trouvé cette énigmatique phrase de Valéry: "Un auteur, même du plus haut talent, connût-il le plus grand succès, n'est pas nécessairement un 'écrivain' ". Elle ne clouera pas le bec à un dîneur fat si vous en rencontrez un (ces gens-là ne se taisent jamais), mais elle fera réfléchir les autres.
mardi 8 juillet 2008
mercredi 25 juin 2008
4ème de couverture: A chaque fois que je respire...
La dernière fois, elle est partie en catimini, une sortie très cruelle et sans fanfare, comme à son habitude. Mais là, elle s’est mis en tête une idée saugrenue : le quitter avec élégance.
C’était compter sans le whisky.
En dix-neuf histoires, on fait beaucoup d’autres choses avec beaucoup d’autres gens, qu’on est très content, au final, de ne croiser que dans un livre.
C’était compter sans le whisky.
En dix-neuf histoires, on fait beaucoup d’autres choses avec beaucoup d’autres gens, qu’on est très content, au final, de ne croiser que dans un livre.
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NOUVELLES
mardi 24 juin 2008
4ème de couverture
C'est un exercice difficile, de concevoir une 4ème de couverture. C'est un travail de vendeur, pas du tout inintéressant du reste, auquel je me suis pliée comme à un exercice indispensable. Car c'est un fait: écrire -avoir cherché sa voix, s'être cassé la figure, relevé, avoir persisté parce que c'est plus fort que soi- écrire, donc, ne suffit pas. Rien de surprenant à cela: on n'écrit pas juste pour écrire, on écrit pour être lu. Or si on veut être lu, il faut bien donner envie à quelqu'un de lire, CQFD... J'ai fait court non par paresse ou désinvolture étudiée - je ne me donne pas encore ce genre d'airs- , mais parce que je déteste m'étaler. Le tout est d'en avoir dit assez, et de l'avoir dit assez bien... pour atteindre l'objectif visé (oh, le vilain mot...). C'est terrible, d'écrire avec un objectif.
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De vous à moi
mercredi 18 juin 2008
Les messages, encore... Sagan et Proust
Voici une citation extraite de l'un des derniers livres parus sur Sagan (Un certain regard, chez l'Herne):
Proust disait qu'un livre dans lequel on exprime un message est comme un cadeau sur lequel on laisserait une étiquette (page 138).
On va finir par croire que j'abhorre les messages glissés dans les textes littéraires... Pourtant non. Il s'agit simplement de montrer que le message ne fait pas partie des qualités littéraires d'un texte. La qualité littéraire, c'est de savoir habiller ce message. Ce qui importe, c'est la manière de dire, la "voix" que l'on entend, avec ses rythmes, ses harmonies, ses dissonances choisies, et puis le regard...
En parlant de regard, de voix, voici ceux de Sagan sur l'écriture:
Ecrire, c'est une manière de regarder les choses et de les traduire (opcit, pages 168-169).
Proust disait qu'un livre dans lequel on exprime un message est comme un cadeau sur lequel on laisserait une étiquette (page 138).
On va finir par croire que j'abhorre les messages glissés dans les textes littéraires... Pourtant non. Il s'agit simplement de montrer que le message ne fait pas partie des qualités littéraires d'un texte. La qualité littéraire, c'est de savoir habiller ce message. Ce qui importe, c'est la manière de dire, la "voix" que l'on entend, avec ses rythmes, ses harmonies, ses dissonances choisies, et puis le regard...En parlant de regard, de voix, voici ceux de Sagan sur l'écriture:
Ecrire, c'est une manière de regarder les choses et de les traduire (opcit, pages 168-169).
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De vous à moi
lundi 9 juin 2008
Pour votre réflexion
Oscar Wilde
Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien
Théophile Gautier
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CITATIONS
vendredi 23 mai 2008
La voix s'en mêle
Voilà... Enfin... Quand je disais que tout revient toujours à l'essentiel: la voix. Mon site "musique" n'est plus muet. Si la curiosité vous titille, le lien est quelque part en bas à droite.
L'écriture est truffée d'échos qui s'entremêlent...
L'écriture est truffée d'échos qui s'entremêlent...
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De vous à moi
mardi 20 mai 2008
vendredi 2 mai 2008
Le message derrière l'écrit
Il y a quelque temps, j'ai surpris une conversation au restaurant entre deux convives, dont l'un soutenait avec fougue qu'il y a un message derrière tout texte littéraire digne de ce nom. L'absence ou la présence d'un message semblait ainsi être l'un des critères déterminants de ce qu'est un bon ou un mauvais livre.
Je n'ai pas de message en tête lorsque j'entreprends d'écrire... d'aucuns diront que c'est peut-être bien pour cela que je ne suis pas "écrivain" :-)
Je n'y crois guère. Les critères d'un bon ou mauvais livre sont ailleurs. Si je voulais "faire passer un message", j'écrirais des pamphlets ou des essais philosophiques.
Si j'écris, comme dit en tête de ce site, c'est avant tout pour raconter des histoires. Je tâche de le faire en travaillant l'écriture pour qu'elle produise les effets qui me semblent non seulement le moins trahir les personnages et la dynamique de leur histoire, mais également, et surtout, pour qu'elle produise exactement l'effet qui les mettra le mieux en valeur. C'est la recherche du point d'équilibre, qui, comme tout point d'équilibre, est nécessairement instable...
Ecrire, comme toute activité créatrice, permet de mettre en évidence ce à quoi on ne fait pas attention au quotidien. S’il y a un message, il est essentiellement là.
Je n'ai pas de message en tête lorsque j'entreprends d'écrire... d'aucuns diront que c'est peut-être bien pour cela que je ne suis pas "écrivain" :-)
Je n'y crois guère. Les critères d'un bon ou mauvais livre sont ailleurs. Si je voulais "faire passer un message", j'écrirais des pamphlets ou des essais philosophiques.
Si j'écris, comme dit en tête de ce site, c'est avant tout pour raconter des histoires. Je tâche de le faire en travaillant l'écriture pour qu'elle produise les effets qui me semblent non seulement le moins trahir les personnages et la dynamique de leur histoire, mais également, et surtout, pour qu'elle produise exactement l'effet qui les mettra le mieux en valeur. C'est la recherche du point d'équilibre, qui, comme tout point d'équilibre, est nécessairement instable...
Ecrire, comme toute activité créatrice, permet de mettre en évidence ce à quoi on ne fait pas attention au quotidien. S’il y a un message, il est essentiellement là.
mercredi 30 avril 2008
Wannabe... what? Auteur? Ecrivain?
La publication n'a jamais fabriqué un auteur. Sans doute, en revanche, permet-elle de faire un écrivain, si on donne à ce nom une connotation sociale, c'est-à-dire si on y voit un métier - dont on vit, ou pas. L'auteur, lui, se construit autrement.
Je me sens "auteur" non parce que j'écris - c'est bête, mais c'est parfois la première raison qui vient à certains -, pas non plus parce que je travaille mon écriture et qu'à force, j'ai commencé à mettre au jour ma "voix" - ceux qui iront sur le site myspace indiqué dans les liens comprendront mieux ce qu'il fait là, ce site, même si pour l'instant, il est encore muet.
Je me sens "auteur" parce qu'écrire fait partie de mon identité, raison pour laquelle, sans doute, j'ai eu besoin de me choisir un nom de plume.
La publication n'est pas (plus), dès lors, un objectif obsessionnel, l'ultime but, en somme, source de bien des maux lorsque rien ne se produit, ce qui est le cas dans 99,999999% (il manque un "9"?) des cas.
Pour être auteur, encore faut-il aussi "savoir écrire" (c'est assez mystérieux, et guère commode à expliquer). C'est là qu'interviennent les lecteurs, parce que sans eux, on demeure juge et partie, et malgré tous ses efforts, on ne "sait" pas vraiment.
La publication est donc une étape nécessaire à partir de laquelle on peut poursuivre son chemin d'auteur, elle n'est pas une fin en soi.
Vous imaginez un cuisinier passer des heures à concevoir un plat, à le mettre en oeuvre, à le présenter, et se contenter de le regarder? Non, il a naturellement besoin qu'on le goûte, en espérant qu'on l'appréciera, scrutant malgré lui une marque de satisfaction, fût-elle muette.
Le plaisir, en matière de création, ne peut être solitaire.
Et l'égo là-dedans?
Je ne sais pas où le mettre. Je n'y ai pas réfléchi (il sera toujours temps si un jour...). Je crois en tous les cas qu'il ne faut pas confondre l'objet et qui l'a créé. Quand j'écris, c'est une partie de moi, certes, mais ce n'est pas "moi". Si on aime, j'en suis heureuse. Si on n'aime pas, je suis déçue, mais pas annihilée en temps que personne (évidemment, je n'ai jamais - et pour cause - subi les feux hargneux de critiques payés pour agrafer les auteurs aux murs). Je ne suis pas tout entière dans ce que j'écris, c'est-à-dire que mon identité d'auteur n'a pas bouffé l'autre. Pas encore du moins :-) J'ai idée qu'après une publication, cela peut fort bien arriver... ?
Je me sens "auteur" non parce que j'écris - c'est bête, mais c'est parfois la première raison qui vient à certains -, pas non plus parce que je travaille mon écriture et qu'à force, j'ai commencé à mettre au jour ma "voix" - ceux qui iront sur le site myspace indiqué dans les liens comprendront mieux ce qu'il fait là, ce site, même si pour l'instant, il est encore muet.
Je me sens "auteur" parce qu'écrire fait partie de mon identité, raison pour laquelle, sans doute, j'ai eu besoin de me choisir un nom de plume.
La publication n'est pas (plus), dès lors, un objectif obsessionnel, l'ultime but, en somme, source de bien des maux lorsque rien ne se produit, ce qui est le cas dans 99,999999% (il manque un "9"?) des cas.
Pour être auteur, encore faut-il aussi "savoir écrire" (c'est assez mystérieux, et guère commode à expliquer). C'est là qu'interviennent les lecteurs, parce que sans eux, on demeure juge et partie, et malgré tous ses efforts, on ne "sait" pas vraiment.
La publication est donc une étape nécessaire à partir de laquelle on peut poursuivre son chemin d'auteur, elle n'est pas une fin en soi.
Vous imaginez un cuisinier passer des heures à concevoir un plat, à le mettre en oeuvre, à le présenter, et se contenter de le regarder? Non, il a naturellement besoin qu'on le goûte, en espérant qu'on l'appréciera, scrutant malgré lui une marque de satisfaction, fût-elle muette.
Le plaisir, en matière de création, ne peut être solitaire.
Et l'égo là-dedans?
Je ne sais pas où le mettre. Je n'y ai pas réfléchi (il sera toujours temps si un jour...). Je crois en tous les cas qu'il ne faut pas confondre l'objet et qui l'a créé. Quand j'écris, c'est une partie de moi, certes, mais ce n'est pas "moi". Si on aime, j'en suis heureuse. Si on n'aime pas, je suis déçue, mais pas annihilée en temps que personne (évidemment, je n'ai jamais - et pour cause - subi les feux hargneux de critiques payés pour agrafer les auteurs aux murs). Je ne suis pas tout entière dans ce que j'écris, c'est-à-dire que mon identité d'auteur n'a pas bouffé l'autre. Pas encore du moins :-) J'ai idée qu'après une publication, cela peut fort bien arriver... ?
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De vous à moi
jeudi 24 avril 2008
Ecrire, pour...
Voir ce qu'il y a derrière les frontières du réel. De l'autre côté, tout est toujours à recommencer.
Mentir sans conséquences.
Composer avec ce qui n'existe pas.
Agrandir la vie. L'enrichir un peu. Peut-être.
Mentir sans conséquences.
Composer avec ce qui n'existe pas.
Agrandir la vie. L'enrichir un peu. Peut-être.
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De vous à moi
mardi 22 avril 2008
A lire
Voici le dernier recueil de nouvelles de Virginie Jouannet-Roussel, publié aux Editions 400 Coups. Je vous le recommande... c'est une vraie plume.
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De vous à moi
dimanche 20 avril 2008
...ou ne commence pas
D'où vous vient votre inspiration? D'où tirez-vous vos idées d'écriture?
J'aimerais bien marquer une réflexion aussi réelle que profonde, seulement voilà... Je ne sais absolument pas d'où "ça" vient. Quand ça vient. Car le souci principal, avec "l'inspiration", c'est qu'elle est d'une autonomie qui rend humble, et pourrait bien rendre angoissé. "Ca" arrive bien de quelque part, mais on ne sait pas d'où, ni comment, ni -pire- quand. Plus je veux, moins "ça" vient. Je ruse, naturellement, mais mes tactiques sont médiocres, sans doute parce que je n'y attache pas grande importance, au fond. Je n'ai jamais aimé les choses domestiquées.
J'aimerais bien marquer une réflexion aussi réelle que profonde, seulement voilà... Je ne sais absolument pas d'où "ça" vient. Quand ça vient. Car le souci principal, avec "l'inspiration", c'est qu'elle est d'une autonomie qui rend humble, et pourrait bien rendre angoissé. "Ca" arrive bien de quelque part, mais on ne sait pas d'où, ni comment, ni -pire- quand. Plus je veux, moins "ça" vient. Je ruse, naturellement, mais mes tactiques sont médiocres, sans doute parce que je n'y attache pas grande importance, au fond. Je n'ai jamais aimé les choses domestiquées.
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lundi 14 avril 2008
CHEMINEMENT
L'errance possède elle-aussi ses points d'ancrage
Charles Bolduc
Charles Bolduc
Le deuil est précisément ce qui refuse de finir avec le départ
Charles (le même)
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