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ROMAN: "Tous les plafonds sont bleus"

Fleur est le seul membre de sa famille à avoir survécu à un accident de voiture lorsqu’elle était enfant. Elle est convaincue, depuis, que le hasard gouverne tout, et qu’il le fait à tort et à travers. Devenue adulte, elle décide de n’avoir aucune attache, en particulier sentimentale, et ne se pose jamais nulle part bien longtemps pour ne pas faire de racines. Le reste du temps, elle lance des dés dans les casinos. Ce n'est pas bien malin, mais chacun fait avec les armes qu'il a, même les plus inutiles.

Tableau: Violoncelle noir, par Billy Renoir. Reproduction mise en ligne avec l'aimable autorisation de l'artiste (www.billy-renoir.fr, adhérent à la Maison des Artistes, N° d'ordre F 015948, Adhérent ADAGP).


NOUVELLES: "A chaque fois que je respire"

"La dernière fois, elle est partie en catimini, une sortie très cruelle et sans fanfare, comme à son habitude. Mais cette fois, elle s’est mis en tête une idée saugrenue : le quitter avec élégance.
C’était compter sans le whisky.

Le sentiment évanoui est l’une des vingt nouvelles qui composent ce recueil où les failles se glissent partout : dans l’obscurité rouge d’un club échangiste, dans la vie étriquée d’un couple vieux depuis le début de son mariage, dans l’amour dont l’autre ne veut pas ou dans celui qu’on n’ose pas avouer, dans les battements de cœur d’une enfant entraînée par un inconnu au fond d’un fossé, dans le silence obstiné d’un petit garçon qui aime trop sa maman, dans l’esprit dérangé d’un collectionneur de papillons ou dans celui d’un sniper qui philosophe derrière son fusil à lunette…





vendredi 5 décembre 2008

D'un coup d'aile


C’est agaçant, tout à fait horripilant, et je ne peux rien y faire. De désarroi, je fixe mon stylo qui ne me dit rien, je ne jette même pas un œil à la page, je fourrage dans ma tête, certains y parviennent fort bien : à la fin, eurêka, ils jubilent. Moi, je bloque. Il faudrait faire le gros dos, ne pas s’en inquiéter, se souvenir qu’on l’aime libre, son imagination, libre et fantasque. La mienne est tout à fait indépendante : en ce moment, elle joue à cache-cache, et j’ai renoncé à lui courir après. Assise sur mon siège, j’attends, l’air de rien, mais je ne la leurre pas, et elle gambade je ne sais où.
Il y a peu, on s’est exclamé : « Mais où trouvez-vous donc toutes ces idées ? ». Là est bien le problème : je ne les trouve pas, c’est exactement l’inverse. Il y a longtemps, je pensais avoir mis le doigt sur la solution : je tendais des pièges musicaux à mon inspiration. Une mélodie, un état émotionnel, et hop ! je l’attrapais au lasso. Des années plus tard, je me suis rendu compte que je n’attrapais rien du tout, rien que la griserie des mots. Or, écrire, ce n’est pas céder à la tentation du joli mot – quand on se « lance » dans l’écriture, le pire est que l’on confond souvent « joli » et « compliqué », et l’on se gargarise d’un flot dont on ne comprend pas, encore, qu’il n’est pas de l’écriture.
Le décor, aujourd’hui, est beaucoup plus aride : je ne me raccroche à rien. C’est ennuyeux à dire, mais c’est ainsi : cela vient, ou cela ne vient pas.
Et d’en conclure que je n’ai pas d’imagination ?
C’est tout à fait, terriblement, vrai. Je n’en ai pas, c’est elle qui est. Et en ce moment, elle est où cela lui chante. J’en cafarderais de dépit si je n’avais un naturel heureux.

2 commentaires:

Max-LouisM a dit…

Bon jour,

Je pense que l'imaginaire n'est pas un facteur déterminant pour écrire. C'est seulement un concept qui n'a de sens qu'au niveau du lecteur(rice), rien de plus.

Max-Louis

virginie a dit…

Comme c'est joliment dit!
L'imagination "est" et toutes les contorsions de l'auteur (ou l'écrivain) pour tenter de l'attraper à la hussarde sont vouées sinon à l'échec du moins à l'artifice, la "fabrication", l'absence de grâce... Si je devais oser une métaphore, je crois que je prendrais celle du petit Prince face au renard, cette idée d'apprivoisement. Il faut de l'humilité et de l'assurance pour écrire, l'humilité de ne pas croire à un ego tout puissant (cf: ta chronique qui parle de l'identification collante, oui encore, mille fois!)et l'assurance du marcheur qui avance bon gré mal gré. L'humilité de celui qui jette, taille et coupe ses propres textes et l'assurance de celui qui recommence...
L'inspiration, la muse sacro-sainte a la vie dure et l'allégorie n'est pas sans risque pour l'écrivant, amateur ou pas. Tu l'as bien dit dans la chronique citée plus haut, pour écrire "vraiment" et dépasser l'ego, ouvrir assez large pour toucher l'autre, il me semble qu'il vaut mieux dépasser l'état émotionnel primaire, adolescent qui reviendrait à écrire sous l'effet magique d'une inspiration fatalement ponctuelle, mouvante... Je préfère l'idée de désir et de "muscle", presque une idée d'artisanat qui consiste à se mettre à sa table pour travailler ce désir, le mettre en formes, en couleurs, en touches successives, impressionnistes. Et ne pas trop craindre quand le désir s'alourdit, au point de parfois de se changer de lassitude ou d'écœurement. C'est ici que le muscle intervient, celui du coureur de fond. Il y a aussi, parfois, l'instant magique du second souffle.
Patience et courage en attendant qu'il te revienne...

Virginie