Oscar Wilde
Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien
Théophile Gautier
"La dernière fois, elle est partie en catimini, une sortie très cruelle et sans fanfare, comme à son habitude. Mais cette fois, elle s’est mis en tête une idée saugrenue : le quitter avec élégance.
C’était compter sans le whisky.
Le sentiment évanoui est l’une des dix-neuf nouvelles qui composent ce recueil où les failles se glissent partout : dans l’obscurité rouge d’un club échangiste, dans la vie étriquée d’un couple vieux depuis le début de son mariage, dans l’amour dont l’autre ne veut pas ou dans celui qu’on n’ose pas avouer, dans les battements de cœur d’une enfant entraînée par un inconnu au fond d’un fossé, dans l’esprit dérangé d’un collectionneur de papillons ou dans celui d’un sniper qui philosophe derrière son fusil à lunette, dans le silence obstiné d’un petit garçon qui aime trop sa maman…

Auteur? J'aime à le croire. Ou plutôt: je n'ai d'autre choix que de le dire, puisque c'est comme ça, il y a des choses qu'on a chevillées au corps et qui y demeurent avec une persistance qui laisse perplexe...
J'écris, donc. Deux romans, dont l'écriture a encore besoin de mûrir. Des nouvelles, même si ce n'est pas dans l'air du temps. Mais je n'ai jamais humé l'air du temps. J'ai fini par réaliser, un peu par surprise, que j'avais composé un recueil très enlevé où tout le monde parle gaiement de ses failles, que j'ai intitulé du nom d'une nouvelle, "A chaque fois que je respire".
J'écris également des chansons, quand on me le demande, que je chante parfois, mais que je donne généralement à d'autres (vous en trouverez quelques unes sur le site de Florence Marty, regardez juste au-dessus, dans « mes liens »).
... Et voilà que je découvre, après des années passées à tâtonner pour mettre à jour ce qui pourrait bien être ma voix, je découvre, donc, qu'écrire ne suffit pas. Incrédulité féroce, d'abord, suivie d'une phase d'abattement, puis retour de l'incrédulité qui perd peu à peu de sa contenance, et je finis par me rendre à l'évidence: non, écrire ne suffit pas. Il faut donner envie d'être lu, séduire, d'une certaine façon, et convaincre.
Je n'écris ni pour moi, ni pour les autres, je n'écris ni "pour", ni "à", au demeurant. Mais l'écriture sans lecture ne demeure qu'un soupir. J'ai testé de-ci, de-là, la plupart de mes nouvelles, auprès de parfaits inconnus, des lecteurs ordinaires comme des lecteurs professionnels, en faisant le gros dos, sous mes airs détachés.
Je me lance ici portée par cette immodestie de croire (c'est un défaut d'auteur) que "A chaque fois que je respire" aurait des lecteurs réjouis.